BeFre: sacs durables

Situés dans l'ancien Palais du vin de style Art déco, les Ateliers des Tanneurs sont aujourd'hui sans nul doute le hotspot le plus « vert » de Bruxelles. Connus surtout pour leur marché bio, ils abritent cependant aussi plusieurs jeunes entreprises bruxelloises s'investissant dans la durabilité et l'écologie. Parmi celles-ci, la petite société BeFre, créée par Bernard Holvoet et spécialisée dans la fabrication de sacs et d’emballages réutilisables personnalisés. 


Il y a de fortes chances que vous ayez déjà eu entre les mains un sac de BeFre, puisque la jeune entreprise compte de nombreux gros clients, et ce, tant en Belgique que dans les pays voisins. Le sac Kabouter Wesley d'Oxfam-Wereldwinkels ? Fabriqué par BeFre. De même que les solides sacs en propylène distribués par les supermarchés ou les grandes chaînes de magasins. Ou encore les sacs à provisions des marques « vertes » telles que Lampiris, Essentiel ou Exki, ou des magazines branchés comme The Word, qui sont, quant à eux, réalisés en coton équitable.

À l'origine, BeFre fabriquait des sacs réutilisables en polypropylène, mais, pour Bernard, cette matière n'était pas suffisamment durable. Aussi, l'entreprise s'est tournée vers des sacs réalisés pour 80 à 100 % à partir de bouteilles PET recyclées. De là au coton équitable, il n'y avait plus qu'un pas. « J'ai toujours pensé que le coton était une matière naturelle, biodégradable, mais j'ai déchanté quand j'ai appris qu'il faut 70 litres d'eau pour fabriquer un seul T-shirt ! De quoi remplir toute une baignoire ! De plus, l'usage de pesticides est largement répandu dans ce secteur. C'est pourquoi j'ai choisi le bio et l'équitable, et que nous travaillons aujourd'hui avec Max Havelaar et Bio Équitable. » 

Les sacs à provisions, housses pour costume et trousses de toilette de BeFre sont bio, mais pas tous équitables. C'est une question d'offre et de demande, nous explique Bernard. Il reconnaît que, pour sa part, il avait surestimé la demande de sacs équitables. « Notre entreprise existe depuis sept ans maintenant, et je ne vois pas vraiment d'augmentation de la demande de sacs en coton équitable. Les produits équitables sont certes beaucoup plus chers et c'est la crise, mais je crois surtout que les consommateurs font plus attention à leurs dépenses et veulent réutiliser plus et jeter moins. Dans les années 70 et 80, tout était en plastique ; aujourd'hui, nous voulons des matières ayant une durée de vie de plus de vingt minutes. » 


Ecologie

Si Bernard mise sur des matières réutilisables, c'est qu'il veut aller au-delà de la consommation pure et simple. Il est le premier à affirmer qu'ils n'ont pas réinventé la roue. « Je pense toujours à ma grand-mère qui partait au marché avec son panier. Nous, nous avons choisi une autre matière et en avons fait un article promotionnel. Au début, j'avais du mal à convaincre les clients, car ils ne songeaient qu'à la différence de prix avec un sac en plastique. Aujourd'hui, ils ont compris que ce qu'ils paient est en fait une campagne promotionnelle : ces sacs se remarquent, s'utilisent longtemps et sont bons pour l'image de l'entreprise, puisqu'ils démontrent que celle-ci s'engage pour la préservation de l'environnement. » D'où vient cette préoccupation écologique ? « Il y a huit ans, j'ai voyagé en Asie en sac à dos. Partout, je voyais des sacs en plastique abandonnés le long des routes ou accrochés aux arbres. J'étais dégoûté. Quand j'ai ensuite visité l'Australie, j'ai été frappé par l'absence totale de pollution plastique, car seuls les sacs réutilisables y sont employés. C'est ce que je souhaitais voir en Belgique aussi. Je travaillais à cette époque comme banquier privé, mais ce n'était pas vraiment ma tasse de thé. Nous avons commencé au bon moment, car en 2007, une nouvelle loi a été promulguée sur l'utilisation des sacs en plastique. »

Pour Bernard, l'équitable est indissociable du bio. Il a donc été particulièrement déçu que Max Havelaar n'ait pas agréé à sa demande d'un label qui combine les deux philosophies. Cela l'a rendu très sceptique sur cette organisation. « Nous devons lui payer un droit de licence ainsi que 2 % sur le chiffre d'affaires. Chaque année, les frais excèdent les revenus, car la demande de sacs équitables reste faible. J'ai donc déjà songé à tout arrêter, mais, malgré tout, je veux continuer à offrir ce produit. » 

Transparence

Le principal problème, estime Bernard, réside dans le manque de transparence. « Je serais très heureux si je pouvais recevoir, en fin d'année, un rapport précisant le bénéfice réalisé par Max Havelaar et la part qui en a été allouée respectivement au contrôle et aux investissements durables. » L'association française Bio Équitable - qui combine donc le bio et l'équitable - est bien plus convaincante aux yeux de Bernard. « Elle est plus présente sur le terrain et entretient une communication ouverte. J'ai reçu des tas d'informations ainsi que des photos d'écoles construites par des ONG locales. Elle conclut des partenariats avec les producteurs et sait donc exactement d'où provient le coton. Le site affiche une carte des pays où celui-ci est cultivé. C'est ce type de transparence que je souhaite offrir. »

Ceci étant, Bernard collabore quand même avec Max Havelaar, qui s'avère moins cher, mais il rêve de trouver une manière d'informer le client sur le processus de production, à l'instar de ce qu'il a vu récemment dans un documentaire consacré à une entreprise française de confection de T-shirts. « Chaque T-shirt a son propre code, et lorsque vous l'encodez sur leur site, vous obtenez un aperçu de la chaîne de bout en bout. C'est le principe même du commerce équitable : les consommateurs qui optent pour l'équitable ont le droit de savoir d'où proviennent les produits et pourquoi ceux-ci reviennent plus cher. »

Bernard aussi joue la transparence sur son label CO2 : « Nous contrôlons tout, à toutes les étapes. Nous collaborons avec nos voisins de CO2 Logic qui calculent la compensation requise pour la production et le transport de nos sacs. Nous y affectons une partie de nos bénéfices, tout en préservant notre compétitivité. Notre marge n'est certes pas grande, mais nous restons fidèles à notre principe. » 


Long terme

BeFre reçoit surtout des commandes et agit, en tant que spécialiste des produits en matière recyclée, comme intermédiaire entre le client final et le producteur. Les sacs en coton et en jute sont fabriqués en Inde, les produits en d'autres matières en Chine. Tous sont finis et imprimés avant d'être acheminés vers le port d'Anvers. Par ailleurs, BeFre dispose aussi d'un stock de sacs en jute et en coton pouvant être imprimés, en Belgique cette fois, selon les souhaits du client. Bernard se voit comme un intermédiaire entre le client européen et le producteur asiatique : « Si je basais la production en Europe, elle reviendrait dix fois plus cher et personne ne voudrait de nos sacs réutilisables. Travailler avec des producteurs asiatiques n'est néanmoins pas toujours simple ; c'est une tout autre culture. Il faut pouvoir leur faire confiance et disposer de suffisamment de réserves pour tout préfinancer ».

Les sacs fabriqués en Extrême-Orient sont-ils équitables de A à Z ? « Certains des fournisseurs avec lesquels nous travaillons cultivent eux-mêmes le coton qu'ils utilisent pour les sacs, tandis que d'autres l'achètent à des agriculteurs équitables. Nous collaborons directement avec plusieurs entreprises, mais il se peut qu'à leur tour, celles-ci travaillent avec d'autres petites entreprises. Nos fournisseurs détenant en tout cas le label équitable, nous comptons bien qu’un contrôle soit effectué, puisque nous payons pour ce label. Mais de là à savoir s'il est correctement réalisé, c'est difficile, puisqu'ils ne nous remettent pas de rapports. En ce qui concerne les fabricants asiatiques de nos sacs, ils ne sont qu'au nombre de cinq, donc nous les connaissons tous. Nous leur rendons visite tous les deux ans et savons donc pertinemment comment ils fonctionnent. Nous le faisons autant par acquit de conscience que pour la réputation de notre entreprise. Nous tenons à nous assurer qu'aucun enfant n'y travaille et que les security lines et filtres requis ont été mis en place. »

« Cette philosophie sera estimée à sa juste valeur à long terme, je n'en doute pas un instant. Elle ne fait pas gagner des masses d’argent, mais procure un sentiment de satisfaction. Cela fait sept ans maintenant que j'ai lancé cette initiative et chaque semaine encore, on m'en félicite. Certes, je pourrais faire plus, et produire plus, mais je me dois de respecter notre philosophie. Sans quoi, bien des clients seraient déçus. »